Portrait socioéconomique : défis et enjeux de la région

La croissance démographique : À la fois une opportunité et un facteur de risque

La région des Laurentides connaît l’une des plus fortes croissances démographiques au Québec. Au cours des 20 dernières années (de 1996 à 2015), la population de la région a augmenté de près du tiers (35,4 %), ce qui correspond à une croissance de 155 600 personnes. Certains effets de l’accroissement démographique ont des répercussions, notamment en matière de logement abordable et d’accès aux services pour les populations en situation de vulnérabilité (Statistique Canada, 2011) (Institut de la statistique du Québec, 2015).

Cet état de fait place les intervenants de l’ensemble des secteurs devant des défis majeurs. Ils doivent donc prévoir leurs actions et services selon la répartition populationnelle sur un territoire vaste et diversifié, avec des réalités urbaines et rurales. La rapidité avec laquelle ces changements démographiques s’effectuent, incite à planifier des actions de conscientisation et de mobilisation des milieux pour assurer la pérennité des activités et des services de chacun, à moyen et à long terme.

Le vieillissement de la population

Selon les perspectives démographiques de l’Institut de la statistique du Québec, le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus dans la région des Laurentides pourrait passer de 98 617 en 2015 à 195 600 d’ici 2036, soit une augmentation de 198 %. (Statistiques Canada, 2014)

Cet accroissement rapide se vit déjà depuis plus de 20 ans dans les Laurentides et touche toutes les couches de la société. Il augmente l’ampleur des besoins qui exercent une pression sur tous les organismes d’aide et de soutien aux aînés, tout en exacerbant la pénurie de logements adaptés abordables.

La diversité des territoires

Les territoires de MRC des Laurentides se distinguent par leur diversité socioéconomique et leur diversité d’occupation, rurale ou urbaine. Or, il est essentiel de comprendre la réalité de chacun de ces territoires pour proposer des mesures adaptées aux besoins, d’où l’importance d’une vision régionale pour soutenir et faire des liens entre chacune des démarches locales. (CRDSL, 2016)

En outre, cette diversité ajoute au défi de la cohésion sociale des acteurs de la région, en raison de l’intégration de deux territoires des Basses-Laurentides dans le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal. (CRDSL, 2012)

L’étendue du territoire de la région

Les Laurentides couvrent un territoire de plus de 20 546 km2. Sa capitale régionale, la ville de Saint-Jérôme, est à plus de deux heures de voiture de la MRC la plus éloignée Antoine-Labelle. En plus de rendre difficile l’accès aux soins et services, cette distance entre les territoires de MRC peut réduire les possibilités de rencontres entre les intervenants de la région et par le fait même diminue le sentiment d’appartenance des membres plus éloignés envers la concertation régionale.

Les inégalités sociales de santé et des inégalités de revenu selon les territoires

L’état de santé d’une population est largement tributaire des conditions sociales et économiques qui modulent son mode de vie. Ces facteurs sociaux sont, entre autres, l’éducation, le revenu, le travail, le milieu de vie, le logement et l’accès aux services. C’est un fait aujourd’hui largement démontré, les inégalités sociales sont associées à un accroissement des problèmes de santé, à une moins bonne espérance de vie sans incapacités et à un taux plus élevé de mortalité prématurée. Les inégalités sociales créent les inégalités sociales de santé (ASSS des Laurentides, 2014).

Selon Statistique Canada, dans les Laurentides, plus de 80 000 personnes (14,3 % de la population) vivent sous la mesure du faible revenu (Statistique Canada, ENM 2011).

Malgré le fait qu’en 2014, le revenu annuel disponible par habitant des Laurentides fut de 26 809 $ (Institut de la statistique du Québec, 2017), ces données ne révèlent pas tout sur la réalité économique vécue par certains résidents du territoire. Les statistiques ne tiennent pas compte du statut de villégiateurs des propriétaires de résidences secondaires, entraînant des écarts importants entre leurs revenus et ceux de la population locale, souvent moins bien nantie. Ce phénomène, appelé familièrement le « beigne » autour des lacs, entraîne entre autres une augmentation du coût de la vie qui pénalise les résidents moins fortunés. Les inégalités socioéconomiques entre les communautés et entre les groupes à l’intérieur des communautés doivent être prises en compte, notamment, par une offre de services adaptée aux réalités locales et porteuse du souci de rejoindre toutes les couches de la population.

L’insécurité alimentaire

Dans la région des Laurentides, 6,5 % de la population de 12 ans ou plus vit dans un ménage en situation d’insécurité alimentaire. Cela représente près de 25 000 personnes. La proportion régionale est comparable à celle du Québec. Environ 1,5 % de la population, soit 6 700 personnes vivent en situation d’insécurité alimentaire grave.

Selon le Bilan Faim effectué au mois de mars de chaque année par les 19 Moisson du Québec, en collaboration avec le Réseau des Banques alimentaires du Québec, en 2016, on a dénombré pour les Laurentides 42 278 visites au programme de dépannage alimentaire ce qui représente une augmentation de 3% par rapport à 2015. Plus de 69 241 repas et collations ont été servis et plus de 22 048 personnes ont été aidées par le programme. De ces utilisateurs, environ le tiers étaient âgés de moins de 18 ans. L’insécurité alimentaire représente une manifestation de l’« intensité » de la pauvreté.

Pour le territoire desservi par Moisson Laurentides en mars 2016

  • 30,9 % des bénéficiaires sont des enfants;
  • 19,5 % des demandes proviennent de familles monoparentales;
  • 10,2 % des demandes proviennent des gens ayant un revenu d'emploi. Ce pourcentage est en constante augmentation. (Moisson Laurentides, 2016)

Le manque de logements abordables

Dans la région des Laurentides, on ne compte pas suffisamment de logements locatifs abordables et encore moins de logements sociaux subventionnés.

Les programmes de financement des projets de logements sociaux ne répondent pas à la demande actuelle et les critères d’admissibilité accentuent l’écart entre l’offre et la demande. Le niveau d’inadéquation entre l’offre et la demande est présent pour les ménages les plus à risques tels que les familles monoparentales à faible revenu, les personnes seules à faible revenu et les personnes de 65 ans et plus (CRÉ Laurentides, 2010). Environ 25 000 locataires (39,2 % de ce groupe) consacrent plus de 30 % de leur revenu au logement (Statistiques Canada, 2011).Il est généralement reconnu qu’un ménage privé qui consacre 30 % ou plus de son revenu au frais de logement peut avoir à réduire ses autres dépenses essentielles comme la nourriture, le transport, les vêtements et l’éducation. L’accès au logement abordable constitue à la fois une solution face à une situation de pauvreté, une façon de prévenir l’appauvrissement et une réponse aux besoins des nouveaux travailleurs.

La faible scolarité

La région des Laurentides se positionne de façon légèrement défavorable comparativement au Québec en matière de proportion de la population de 25 à 64 ans ne détenant pas de diplôme d'études secondaires. Les impacts potentiels d'une faible scolarité sont la pauvreté, l'exclusion sociale, l'insécurité alimentaire et les inégalités sociales de santé.

Plusieurs facteurs, familiaux, personnels, scolaires et sociaux, sont des déterminants de la persévérance scolaire et de la réussite éducative. Les enfants et les jeunes vivant dans les quartiers les moins favorisés sont plus à risque d’éprouver des difficultés face aux exigences du milieu scolaire. Selon plusieurs études, les jeunes décrocheurs sont jusqu’à deux fois plus nombreux dans les quartiers pauvres. (Réunir Réussir, 2017)

Les défis des services de transport collectif

Le transport conditionne bien souvent l’entrée et la sortie de la pauvreté par l’accès aux services et aux ressources comme les services de proximité, l’éducation, la formation, l’emploi, etc. Il est un vecteur de santé, de bien-être et de qualité de vie qui permet à chaque citoyen de contribuer activement au développement de la région. Malgré plusieurs initiatives en vue d’accroître et d’améliorer les services de transport collectif, ce dernier demeure inexistant ou très limité en zone rurale ou isolée. Pour les promoteurs et les organisations responsables, l’arrimage entre les différents territoires de MRC, la fréquence et l’accessibilité aux services, s’ajoutent au défi majeur de la rentabilité par rapport à l’étendue de la région à desservir.

Les nouveaux visages de la pauvreté

Il y a nécessité d’être à l’affût des problèmes émergents, souvent peu documentés, mais néanmoins réels, comme le travail précaire, le surendettement ou l’itinérance.

Un nouveau statut de pauvreté semble émerger, celui des travailleurs pauvres, appelés working poor dans la littérature anglaise. Il s’agit du statut des individus qui travaillent tout en restant sous le seuil de revenu jugé adéquat, en raison d’un emploi à bas salaire, à durée limitée ou à temps partiel. Dans les Laurentides, on retrouve ce type d’emploi saisonnier et souvent précaire dans plusieurs secteurs d’activité importants, comme le tourisme, la restauration ou la vente au détail.

Une deuxième catégorie concerne les personnes confrontées à des conditions de vie précaires comme le surendettement ou l’isolement social, découlant d’évènements difficiles comme une séparation, le décès d’un proche, une maladie, un contexte de violence ou d’abus, etc.

Concernant le surendettement, selon le Bureau du surintendant des faillites au Canada du Gouvernement du Canada, la région des Laurentides présente les taux d'insolvabilité et de faillites de consommateurs les plus élevés de toutes les régions au Canada en 2015. (Bureau du surintendant des faillites au Canada, 2017)

Un troisième « visage » est celui des personnes en situation d’itinérance; une situation souvent cachée. On retrouve une errance en milieu urbain qui s’apparente à celle vécue à Montréal, mais également une errance rurale où des personnes sans domicile fixe migrent d’un refuge temporaire à un autre, chez des amis, dans un motel ou dans un camping. (CRDSL, 2012)

Ces nouveaux phénomènes entraînent une forte pression sur les organismes communautaires financés par le Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC). Ces derniers peinent à répondre aux besoins grandissants d’une population en pleine croissance, en raison d’un financement insuffisant. En 2013, une étude du Regroupement des organismes communautaires des Laurentides (ROCL) évaluait à 11 M$ les besoins supplémentaires liés au financement des organismes communautaires de la région.

Les changements dans la structure de gouvernance régionale

Récemment, la gouvernance régionale et municipale a subi des changements majeurs. En effet, depuis plus de 40 ans, avec l’appui du gouvernement, toutes les municipalités composant les régions administratives du Québec s’investissaient dans leur développement sur une base régionale par la création de plusieurs OBNL sectoriels spécifiques en réponse à leurs enjeux et défis spécifiques. En 2015, le gouvernement a aboli les Conférences régionales des élus (CRÉ) qui coordonnaient les concertations régionales, assuraient leur développement et concluaient des ententes de partenariats à cette fin (Hotte, 2016).

Ces responsabilités ayant été transférées aux MRC par l’établissement d’une nouvelle « gouvernance de proximité », ajoutée à la diversité des territoires de la région, rendent d’autant plus difficile la conciliation des interventions entre les MRC. Néanmoins, l’élargissement des champs d’intervention des municipalités crée de nouvelles règles de jeu et apporte des conditions favorables pour promouvoir une nouvelle génération d’innovations sociales, qui à leur tour donnent naissance à de nouvelles pratiques sociales et à de nouvelles politiques publiques (Vaillancourt, 2017).

En janvier 2017, le Ministère des Affaires municipales et de l’occupation du territoire (MAMOT) annonçait l’instauration du Fonds d’Appui au Rayonnement des Régions (FARR) pour renforcer la vitalité des régions et renouveler la Stratégie pour l’occupation et la vitalité des territoires. L’objectif du FARR est de « soutenir la concertation régionale pour appuyer directement la réalisation de projets mobilisateurs ayant des retombées sur le territoire de la région » (MAMOT, 2017). Le déploiement de cette mesure devra être observé à court et à moyen terme.

Au niveau du réseau de la santé et des services sociaux, l’organisation et la gouvernance ont subi une transformation majeure en 2015 avec le regroupement des établissements au sein des Centres intégrés de santé et de services sociaux dans chaque région du Québec. Pour la région des Laurentides, ces transformations permettent un coleadership entre les municipalités, le CISSS des Laurentides, le CRDSL et l’ensemble des partenaires concernés dans le développement d’une concertation multisectorielle. (Hébert, 2016)